Le dernier qui passe
Dans cette merveilleuse monotonie des saisons qui passent, les arbres sont maintenant presque nus, beaucoup de branches brisées et chaque pas écrase d'autres brindilles. Debout sur ce tronc couché, on croit voir plus loin.
Les dernières feuilles de ronces sont encore rouges et plus loin aux endroits humides, nichées dans les longues herbes blondes, les grandes prêles délicates et fragiles apparaissent en grande beauté, blanchies par l'automne, au milieu d'elles un petit ruisseau coule tranquillement.
Bien que la neige soit déjà sur les crêtes, ce fond de vallée est protégé, bien exposé, et le soleil de cette fin d'après-midi réchauffe quelques insectes que l'on ne voit pas mais qui chantent doucement sur le talus du chemin.
La fraîcheur de l'air est chargée de l'odeur enivrante, un peu acide, de la terre et du tapis de feuilles chargé d'humidité.
Ces bois sont plein de paix, et les quelques animaux que les chasseurs ont épargnés y vivent dans le froid et la dignité, chaque jour, chaque nuit.
La marche libère l'esprit et les promeneurs que l'on rencontre ici partagent cette connivence par leur salut et leur sourire.
Plus tard, nous sommes retourné vers la maison, mais souvent au crépuscule, on ne peux se résoudre à rentrer à l'abri, la tendresse du soir est trop prégnante, même quand il fait froid.
Je regarde l'air, l'horizon dans l'échancrure de la vallée et les dernières lumières de ces douces journées, je trouve quelque chose à faire dans le jardin ou bien je reste là, dans la rue vide, à me laisser caresser par ces instants entre le jour et la nuit, plein d'attente et de magie. Le dernier merle va se percher pour la nuit. On dirait qu'il y a l'amour chaque soir qui attend et retient le dernier qui passe.