Ces forêts qui marchent en nous
Ces forêts de pierres, d'eaux, de conifères et de bois debout, ces forêts de vie, ces forêts qui marchent en nous, le serpent du sentier se glisse sous nos pieds et les branches magiciennes distribuent les songes rouges et l'or de l'automne.
Ces feuilles sont la beauté, le chemin sans écailles et les petite pierres regardent sans oser cette vieille croix de bois oubliée. Là, sous les longues herbes dorées, l'eau s'égoutte des tufs dans une rigole de mousse où grandissent les salamandres.
Sur les bords du chemin pourrissent les désirs et les craintes de l'été, les brindilles de colère, les petits fruits du bonheur et les grandes écorces qui tombent du matin.
C'est une terre noire d'odeur qui porte l'empreinte du marcheur, on avance éclaboussé de silence et de froid, les troncs se dressent sans cesse, surprenants, ouvrant des allées scintillantes armées de rochers. L'air chante quelques cris de mésanges puis retentit le cri rauque des grands corbeaux.
Inlassablement, les forêts de conifères se hissent sur l'horizon, pèlerins de l'ombre vers le ciel. La terre épouse le soleil et tout s'enivre de tant de beauté.
Le chemin recommence, quelques chants paisibles montent lentement des herbes de soie. Le grillon aiguise l'été et enseigne la torpeur, éclats de lumière, grandes gerbes d'or, il chante et tisse chaque pièce du présent. Des petites bêtes se hâtent dans tous les coins, doucement, avec rudesse et transportent un peu de rien.