L'hésitation du soir

Ils arrivèrent alors sur ces immenses prairies dont les herbes hautes se couchent sous le vent.
Certains s'arrêtèrent pour vivre ici éternellement, et d'autres, le cœur ivre de merveilles, marchèrent encore plus loin que l'horizon.
On dit que leurs enfants naviguent maintenant sur les grands océans et que parfois quelques uns de ces fils reviennent baiser ces terres bénies.

En cette fin de vie, peu avant le soir, le soleil nimbe d'or et d'argent tout ce vaste pays, et l'amour infini descend lentement vers la nuit.
Ils sont, ces êtres, un seul peuple, un seul monde, et pourtant, et pourtant regardes, il y a l'esprit du fleuve et il y a l'esprit du vent, et sur les plaines mouvantes passent sans fin l'esprit des grandes migrations, dans les herbes sèches chante l'esprit des petits insectes et les hautes forêts résonnent comme un temple.

La berge du lac épouse les roches bleues usées par le temps, quelques roseaux près du bord, et là, un pin à l'écorce noire se penche tendrement et abandonne son image au miroir de l'eau.
Un petit oiseau se perche un instant, puis s'envole dans l'hésitation du soir...

Tout est déjà donné, depuis tant de milliers d'années, tout est déjà donné. Il faut cesser cette terrible folie, tout est déjà en place, cette terre et toute ces merveilleuses vies, ces matins si neufs, et la lumière du soleil qui rassemble à chaque fois l'éclat et l'ombre sur chaque chose.

Assis les pieds dans la pente, je regarde les versants, les villages en bas, les forêts sombres et la grande rivière qui serpente.

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